L'adage bien connu oppose le soliste à l'équipe, et parie en faveur de l'équipe.
La réalité est bien plus nuancée. On rencontre d'ailleurs autant de solistes lents que d'équipes médiocres. Reprenons donc tout cela.
Au coeur de la capacité d'une équipe à travailler sur un projet complexe il y a deux stocks essentiels: les compétences et la connaissance*.
En deux questions: a-t-on les gens suffisamment compétents pour résoudre le problème ? Comprennent-ils suffisamment ce problème et la manière de le résoudre ?
Ces stocks sont alimentés par deux flux: la formation (qui augmente les compétences) et la communication (qui partage la connaissance, donc l'augmente).
Comparons alors deux équipes sur un projet: le soliste "big-brain" et l'équipe de 5 personnes (sans imposteur).
Même si l'on rencontre des solistes extrêmement compétents, le stock de compétences joue en faveur de l'équipe. Plus de cerveaux, plus de stock, et un flux de formation parallélisable. Le soliste ne peut que perdre.
La connaissance est une toute autre histoire (on parle ici de la compréhension du problème à résoudre dans le cadre du projet et de l'espace de solutions). Si l'équipe a plus de connaissance (cerveaux = stock), la communication (le flux) est en faveur du soliste. C'est que la communication entre mon cerveau droit et mon cerveau gauche, ou celle entre mon cerveau et mes doigts, dépassera toujours en efficacité la communication entre moi et mon meilleur binôme.
On en revient à quelque chose de bien connu: sur les projets complexes où l'équipe est compétente c'est la communication le goulot d'étranglement. On n'insistera donc jamais assez sur les ingrédients clefs:
- avoir un vocabulaire partagé (remember la tour de Babel ?)
- avoir des référentiels communs (de la culture partagée)
- favoriser des profils hybrides, qui connaissent plusieurs métiers, fluidifient le partage de connaissance, et réduisent la taille nécessaire de l'équipe
- favoriser le travail en binôme
- aligner l'équipe fréquemment
De cette manière, l'équipe pourra accélérer sur ses convergences (elle ira plus vite) et explorer ses divergences (elle ira plus loin).
A défaut, préférez le soliste (et pleurez quand il partira).
(P.S. il existe de très bons outils visuels pour aligner les équipes, j'dis ça, j'dis rien)
- Les sacro-saints "Savoir" et "Savoir faire" qu'on nous bassine à l'école. Notez que mon paternel introduisait l'algorithmique à ses étudiants avec la notion de "Savoir faire faire", malheureusement trop souvent oubliée des apprentissages généraux. Aujourd'hui "Savoir programmer" (ou "Savoir commander"), demain "Savoir prompter" peut-être.